La crise est toujours, dans l’instant, le produit d’une surcharge qui rompt l’équilibre de l'organisation des équipes de travail. Elle détruit, un moment, les chemins des processus habituels. Elle fait apparaitre tous les conflits non exprimés.

Direction : Jean-Yves HUVEY

Le coût du stress et du burn out, en France et ailleurs.


" Il existe peu de données se focalisant uniquement sur le coût du burn out. Celui-ci est absorbé indistinctement dans la masse des analyses qui concernent le stress et/ou la dépression en général.
Du fait d’une absence de méthodologie de recherche uniforme appliquée dans les différentes enquêtes, il est difficile de comparer valablement les chiffres d’un pays à l’autre. Néanmoins les résultats restent intéressants.


Le coût du stress en Europe

L’estimation des quinze Etats membres de la Communauté évaluait le coût lié au stress à 20 milliards d’euros par an, soit 10 % du montant de l’enveloppe globale allouée à l’ensemble des soins de santé. Le stress était responsable de 50 à 60 % des journées de travail perdu 97.
3 à 4 % du produit national brut européen était alloué aux dépenses en santé mentale.

Le coût du stress en France
En 2000, 220 500 à 335 000 personnes (1 à 1,4 %) ont été touchées par une maladie (cardiovasculaire, musculo-squelettale, dépression) consécutive au stress professionnel.
Suivant les méthodes de calcul, le coût social s’élève à une somme comprise en 830 et 1 656 millions d’euros, soit 10 à 20 % des dépenses de la branche accident du travail et maladies professionnelles de la Sécurité Sociale 98.

Le coût du stress en Grande-Bretagne
En 2003, le Service national de la santé en Grande-Bretagne estime que le stress est tenu pour responsable de 40 % des jours d’absence, soit l’équivalent de 12 millions de journées sur un total de 30 millions, toutes autres raisons confondues.
La facture annuelle atteint le chiffre astronomique de 3,7 milliards de livres sterling99.

Le coût du stress en Suisse
Le coût du stress d’origine professionnel est évalué à 16 milliards d’euros en 2000100.

Le coût du stress dans les pays d’Europe du Nord
Les maladies cardio-vasculaires, conséquences du stress lié à des exigences importantes couplées à une faible autonomie rencontrée dans les conditions de travail, coûtent 177 millions d’euros à la Suède en 1992 et 125 millions au Danemark (soit 4 % du coût lié aux maladies et accidents professionnels).
En 2000, les chercheurs estiment que les coûts occasionnés par l’effet cumulé des maladies de longue durée et la perte de production liée au stress se sont élevés en Suède à un montant de 89 milliards de couronnes, soit l’équivalent de 9,7 milliards d’euros.
La même année, le département du commerce réajuste ce montant pour l’évaluer à une perte annuelle équivalant à 120 milliards de couronnes (13 milliards d’euros) 101.
En Finlande, plus de la moitié de la population présente des signes cliniques consécutifs au stress. 7 % de la population souffre de surmenage grave avec des manifestations de cynisme, d’épuisement, qui sont autant de répercussions entamant l’aptitude au travail. Les troubles mentaux sont responsables de la majorité des pensions d’invalidité. Cette situation est le résultat d’une onde de choc dont l’origine remonte au début des années 1990 et qui a provoqué la montée du chômage, la précarisation, l’instauration des contrats à courte durée avec des répercussions évidentes sur l’état de santé de la population. Les maladies cardiovasculaires dues au stress (constitué par la conjonction de fortes exigences et de faible autonomie au travail) représentent 4 % du coût des accidents du travail et des maladies professionnelles 102.

Le coût du stress en Pologne
Le passage d’une économie d’état à une économie capitaliste et libérale change les conditions de travail et fragilise la santé des travailleurs. Le nombre de dépressions flambe conjointement à la montée de la précarité de l’emploi, du chômage, et à la baisse du niveau de vie 103.

Le coût du stress en Allemagne

Le stress fait des ravages, suite à l’introduction de nouvelles technologies qui ont entraîné une précarité de l’emploi, une augmentation du chômage et de la pression exercée sur le travailleur (accélération des rythmes, contraintes de temps, nouveaux standards de qualité).
En revanche, cette évolution aurait permis la réduction de la monotonie et la prise en considération de l’avis des employés dans les processus de décision.
Les maladies dépressives sont responsables de 7 % des départs anticipés à la retraite.
Cinq milliards de deutsche Mark, tel est le montant annuel lié à la perte de production due aux arrêts de travail causés par les maladies mentales 104.

Le coût du stress au Canada
Le stress et les problèmes de santé mentale représentent 40 % des demandes d’invalidité au long terme.
35 millions de journées sont perdues par an pour les mêmes raisons.
Le stress est responsable de 40 % du renouvellement du personnel.
Les absences liées aux maladies mentales (dont le stress) ont coûté 16 milliards de dollars en 2002-2003 aux entreprises canadiennes.
En 2006, le coût devrait avoisiner les 33 milliards de dollars en y incluant le présentéisme 105.

Le coût du stress aux Etats-Unis

En 2000, le Bureau international du travail évalue le coût du stress à 200 milliards de dollars par an, soit le montant équivalant à la totalité des bénéfices des 500 sociétés les plus performantes.
Les causes sont l’absentéisme, les pertes de productivité, les indemnités de l’assurance santé et les frais médicaux directs.
Plus de 10 % de la population adulte en âge de travailler souffre de dépression chaque année, ce qui correspond à une perte annuelle d’environ 200 millions de journées de travail par an 106.


Autres coûts

L’absentéisme coûte 50 milliards de dollars par an aux entreprises américaines.
Le coût du présentéisme, ou « burn in », est supérieur à celui de l’absentéisme aux Etats-Unis et est évalué à 150 billions de dollars en perte de productivité annuelle.
La perte de productivité liée à la dépression au cours du présentéisme est évaluée à 35 billions de dollars. Les douleurs (dorsalgies, céphalées, arthrite) sont responsables d’un manque à gagner de 47 billions de dollars. In fine, ces personnes coûtent à leur entreprise trois fois plus que si elles étaient restées chez elle 107. »

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*Sources : « Vaincre l’épuisement professionnel », Suzanne Peters-Dr Patrick Mesters – Robert Laffont

97 : Trontin, C., Actes du colloque « Le stress au travail : comprendre pour agir », Aract Nord- Pas-de- Calais, 7 novembre 2003.
98 : Bejean, S., H.Sultan-Taieb, H., Trontin, C., « Conditions de travail et coût du stress : une évaluation économique », Revue Française des Affaires Sociales, 2004.
99 : Eglin, R., op. cit.
100 : Ramaciotti, D., « Les coûts du stress en Suisse », Groupe de psychologie appliquée à l’univesité de Neufchâtel et ERGOrama, 2000, Genève.
101 : Ekstrand, M., Stress and Burnout from an affect theory perspective (Mémoire de these : Grundläggande psykoterapiutbildning, Arbetsgruppen för utbildnind och handledning, Högbergsgatan), Stockholm, printemps 2002.
102 : Lunde, J., & Levi, “A model for assessing the costs of stressors at National level : sociao-economic costs of work stress in two EU member stats”, European Foundation for the Improvement of Living and Working Conditions, Dublin, 1996.
- Organisation internationale du travail (OIT), travail N° 37, Décembre 2000
- Ekstrand, M., op.cit.
- Basic Psychotherapy Group 2000-2002, Arbetsgruppen för utbildnind och handledning, ), Stockholm, Suéde.
103. : OIT, op.cit.
104. : Idem, Ibidem
105 : Simard, J.F., “Burnout out, a modern day affliction”, Communications Magazine, Vol. 32, n°2, été 2006. (http:/www.pipsc.ca/english/newsletters/c-jun06/7.htlm).
106. : OIT, op.cit.
- Kulkarni G. K, Indian Journal of Occupational Environmental Medicine, 10, 2006, p. 3-4.
107. : Hemp, P., “Presenteism : at work – burn out of it”, Harvard Business Review, Octobre 2004.

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